Une jeune femme passe un entretien d'embauche à l'aube.
La pièce est sombre. La candidate est face à nous. Les questions deviennent trés vite cassantes, de plus en plus personnelles. On ne verra jamais l'homme qui pose les questions. Son travail consiste à ça, à la cuisiner pour ainsi dire.
"elle donne du pouvoir a son persecuteur" (narter7)
Yep ! Y'en a au moins un qui a suivi ! La Viande est un beau pamphlet, j’y vois moi aussi un hommage à une tristement célèbre dialectique :
"Le maître est : 1) comme concept de la conscience de soi, rapport immédiat de l’être-pour-soi, mais en même temps il est : 2) comme médiation ou comme être-pour-soi, qui est pour soi seulement par l’intermédiaire d’un Autre et qui, ainsi, se rapporte : a) immédiatement aux deux moments, b) médiatement à l’esclave par l’intermédiaire de l’être indépendant ; car c’est là ce qui lie l’esclave, c’est là sa chaîne dont celui-ci ne peut s’abstraire dans le combat"
(Hegel, Phénoménologie de l’esprit)
La dialectique se double ici de celle du spectateur et de « la proie » qui lui est indirectement offerte. Joli nœud de sens, bravo Stephan CASTANG ! Cette Viande, elle nous est offerte à tous en pâture, sublime incarnation de la Victime moderne, une Joconde dépouillée et mise sur un étal de boucher. Comble de l’ironie, LA VIANDE est testée, évaluée, jaugée à l'aune de sa qualité comme un pur produit de consommation, par des internautes invisibles qui n'ont rien à envier à l'aimable représentant de cette entreprise fantôme ...
"Mes pièces n'étant pas des saucisses, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises » (Beckett)
« pas assez réaliste » … « il aurait juste fallu écourter un peu l'entretien » … « L'idée est bonne mais il manque un petit quelque chose » … « des échanges plus virulents auraient été préférables ! »
C’est un peu court jeunes gens, on aurait pu dire bien des choses en somme !
Ah ! On croirait revivre cette délicieuse et mémorable scène d’Amadeus (Stephan, s’en souviendra) ou Joseph II du Saint-Empire se livre à une parodie d’analyse musicale en s’exclamant (devant l’artiste !) :
« Trop de notes, trop de notes mon cher Mozart ! »
Et fier comme Artaban, en plus …
M’est avis que comme ce foutu Joseph, certains d’entre nous ont le verbe un prompt à s’emmêler les mots dans l’esprit d’escalier …
BOUM !!!
Quand les criticaquatiques nous feront un court sur les entretiens d’embauche, j’irais le voir.
Mais j’oublierais pas mes pop-corns, histoire d’être sûr de passer un bon moment !
Génial ce film, Stéphan. Je cherche à visionner ton premier court (celui où un docte savant fait l’éloge du désir d’immortalité selon Aristote au milieu d’une jungle de fous furieux sortis d’un placard…). Où ça se trouve ?
Mehdi L. (Sardanapix)
l'idée est bonne mais pas assez réaliste je trouve, dans le sens ou la fille est vraiment trop patiente, n'importe qui aurait pété un plomb avant elle face à une telle insolence. Me concernant du moins. De plus quelqu'un qui me parle comme ça, je n'ai aucunement envie de travailler avec lui et je n'insiste même pas comme elle le fait.
Je pense aussi qu'il n'était pas nécessaire de préciser dans le synopsis qu'on ne verrait jamais le visage de l'embaucheur, ça fait partie du suspens et c'est en quelque sorte, révéler la fin.
Et pour finir je me suis demandée, pourquoi avoir plongé les acteurs dans le noir ? Je veux bien que l'entretien soit glauque, mais je trouve que là, ça fait beaucoup trop...
En fait j'ai bien aimé les échanges au début, mais j'ai vite décroché en voyant que le comportement de la fille n'évoluait pas.
On est tout de suite plongé dans l'ambiance (détestable) des entretiens d'embauche.
Je pense qu'il aurait juste fallu écourter un peu l'entretien pour appuyer la façon dont la voix "expédie" la candidate.
Bonjour,
je suis un peu d'accord avec Francis, mais pour autant le côté virulent aurait été trop prévisible. Il y a des tas de gens qui réagissent comme la femme du film, qui se laissent traiter ainsi. L'idée est bonne mais il manque un petit quelque chose. Techniquement simple et efficace cependant.
L'idée est intéressante mais manque singulièrement d'originalité et de rythme dans le jeu des acteurs : le recruteur et surtout la recrutée. C'est un peu fade dans les échanges verbaux, des échanges plus virulents auraient été préférables ! Dans ce style de film "recrutement pro" je vous conseille vivement de visionner "La Méthode" de Marcelo Pineyro.Sorti en DVD l'année dernière...